Le contexte local
Hlanzoun est une forêt marécageuse sur sol tourbeux unique en Afrique de l’Ouest en raison de certaines espèces d’arbres qui s’y trouvent. Sa superficie est de 2 945 hectares dont un noyau central de près de 900 hectares en relatif bon état de conservation. Cette forêt inondée est alimentée en permanence par la rivière Hlan. Cependant, Hlanzoun est un écosystème fragile et est menacé par diverses pressions anthropiques. Au sud de la forêt se trouve également un complexe de zones humides avec des prairies inondées et flottantes, ainsi que le lac Hlan.

En 2021, Abdou Chérifou Ikoukomon (ECODEC) et Vincent Romera (HUMY) ont réalisé des inventaires de la faune sur l’ensemble du territoire de Hlanzoun et ses abords. Également une cartographie, à l’aide de drones, du couvert forestier et des zones de déboisement a été réalisée.
Objectifs du projet
Réaliser des inventaires de la faune du site.
Évaluer l’état de la couverture forestière et les zones de déboisement.
Mettre en évidence les enjeux prioritaires rattachés aux espèces.
Élaborer une stratégie de conservation pour le site.




Agrion citron (Ceriagrion citrinum), mâle.
Enjeux
La forêt Hlanzoun joue un rôle important pour le maintien d’un climat favorable à la pratique de l’agriculture dans la région. En effet, dans un contexte de sécheresses sévères, sa transpiration génère des brumes chaque matin et participe aux phénomènes locaux de précipitations.
C’est aussi une zone d’expansion de crue pour la rivière Hlan qui est un des sous-affluents du fleuve Ouémé. Les inondations dans la basse vallée de l’Ouémé, et notamment des gros centres urbains de Cotonou et Abomey-Calavi (plusieurs millions d’habitants), sont de plus en plus régulières et parfois meurtrières. Conserver des zones naturelles et surtout des zones humides situées en amont dans le bassin versant du fleuve contribue à lutter contre les inondations en aval.
Par ailleurs, Hlanzoun est une forêt marécageuse sur sol tourbeux. Les forêts tropicales sur sols tourbeux sont parmi les écosystèmes terrestres qui piègent le plus de carbone sur Terre, leur conservation doit être une priorité dans la lutte contre le changement climatique.
Résultats des inventaires en 2021
La faune de Hlanzou est riche et diversifiée avec entre autres (données des inventaires 2021 + données bibliographiques
vérifiées) : 41 espèces de mammifères (dont 7 primates et 15 chauves-souris), 195 espèces d’oiseaux, 27 reptiles, 16 amphibiens, 51 poissons, 58 libellules, 227 papillons diurnes. Parmi ces espèces animales, 12 sont menacées au niveau mondial, et au total 54 sont considérées menacées sur le territoire national béninois. À noter que deux espèces de poissons sont endémiques de la rivière Hlan et qu’une libellule, l’Agrion citron (ceriagrion citrinum), est endémique de Hlanzoun et de quelques rares forêts du Sud Bénin et du sud-ouest du Nigéria. Concernant les mammifères l’espèce phare est le Singe à ventre roux (Cercopithecus erythrogaster erythrogaster) considéré globalement en danger critique d’extinction et quasi-endémique du Bénin.
Les inventaires réalisés par HUMY/ECODEC ont permis de lister 58 espèces d’odonates (libellules), ce qui en fait un des sites les plus importants d’Afrique de l’Ouest pour ce groupe d’espèces.
6 espèces d’odonates n’avaient jamais été observées auparavant dans le pays.
La flore se compose de 241 espèces végétales recensées dont 8 sont quasi-menacées ou vulnérables au niveau mondial. À l’échelle nationale du Bénin, 27 de ces espèces sont menacées.

Singe à ventre roux (Cercopithecus erythrogaster erythrogaster), femelle.

Un succès…
Si HUMY et ECODEC n’étaient pas intervenus en 2021 dans la forêt de Hlanzoun, celle-ci aurait été entièrement détruite ou presque ! En effet, une action de drainage de la forêt marécageuse sur sols tourbeux avait été initiée par une ONG de conservation locale avec l’aide de financements européens ! Une hérésie totale puisque, comme expliqué plus haut, ce type de tourbière tropicale est listée parmi les écosystèmes évalués comme critiques au niveau mondial et stockent des quantités phénoménales de carbone. Ce n’est qu’au terme d’une lutte acharnée et suite à la mobilisation de la communauté scientifique béninoise que cette action dévastatrice a pu être stoppée dans le courant de l’année 2021.

